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VENDREDI 17 JUILLET 1998

Réseau à poils

Marielle et Olivier : mohair et internet Bergers cathares fous de chèvres angoras, Marielle et Olivier Chautard ont ouvert un site pour se relier au reste du monde sans quitter leur vallon pyrénéen.

Saint-Victor Rouzaud, envoyé spécial

C'est bête, une chèvre angora. Que ce soit pour le papier glacé d'un catalogue ou pour les pixels d'un site web, elle ne se laisse jamais facilement photographier. "Allez les biquettes, soyez sympas." Marielle et Olivier Chautard s'épuisent à courir derrière la maison pour que le troupeau regarde enfin vers l'objectif. L'informatique révolutionnera peut-être la commercialisation du mohair tiré de ces bêtes. Mais il est à craindre qu'elle puisse jamais rien changer à la zoologie.

Connexion permanente. C'est une immense bâtisse plantée au-dessus des vallons de l'Ariège, du côté de Pamiers. Avec deux magnolias dans la cour et beaucoup de prés autour. C'est un peu isolé aussi. Même le boulanger ambulant n'y passe plus lorsqu'il fait sa tournée. "Ouvrir un site, se réjouit Marielle, c'était pouvoir rester vivre dans ce coin reculé dans la campagne et, en même temps, être en contact permanent avec les quatre coins de la planète..." Elle et son mari ont toujours vécu sur ce bout de piémont pyrénéen. Lui a fait agro en quittant la ferme de son papa. Elle, un peu institutrice. Il élève aujourd'hui des chèvres angoras et des moutons. Elle tisse et tricote des pulls, des gilets, des chaussettes et des couvertures avec les deux cents kilos de mohair que lesdites chèvres produisent chaque année.

Révélation. "Un matin en me levant, j'ai entendu parler sur France Inter d'un artisan qui ne commercialisait quasiment plus sa production de tomettes qu'à travers l'internet. Je me suis dit que le truc était accessible aux communs de mortels dans mon genre. Que ça valait le coup d'essayer pour faire connaître mes productions." L'ordinateur, Marielle en avait déjà un pour la comptabilité. Elle a filé chez le revendeur pendant que son mari faisait les fois. un modem, un programme, un abonnement à un fournisseur d'accès à l'Internet et le site pouvait démarrer.

Marielle développe les pages et propose même une version anglaise. Outre les photos de ses productions, elle y décrit la vie à la ferme, et l'élevage de chèvres angora. Deux cent cinquante connexions en deux mois, "c'est super, non ?" Bon, d'accord, il n'y a jamais eu qu'un sel client. Mais l'élevage de chèvres angora n'est après tout qu'un complément au troupeau de moutons qui les fait vivre. Et il faut bien un début à tout.

Jusqu'alors, Marielle vendait sa production sur les seules foires alentours. Un petit article dans Modes et Travaux aura été le coup de baguette magique de cette affaire de confection. Elle a reçu 250 courriers qu'elle a fait prospérer ensuite par des mailings, "même si ça ne marche pas à tous les coups, souffle-t-elle. On n'achète pas une couverture en mohair à 1500 Francs tous les six mois."

Le plaisir de la solitude. Les Chautard ont aussi consacré un petit bâtiment en avant de la maison à l'exposition de leurs produits pour les quelques touristes qui veulent bine venir se perdre jusqu'ici en suivant les panneaux cartonnés qui jalonnent la route. "Mais on ne veut pas développer ça. Des autocaristes nous ont déjà proposé de passer par la ferme mais je n'ai pas une âme de guide touristique." Rester virtuellement en contact avec le monde entier et ne jamais se sentir dérangé entre ses chèvres, ses magnolias et ses deux petites filles... L'Internet serait donc le meilleur ami des Chautard.

Le site n'a pas encore fait d'émules dans le voisinage. Mais l'outil lui-même paraît tellement adapté à la situation isolée des fermes de la région que la curiosité grandit. "Les autres agriculteurs me disent ou, c'est bien... mais cela leur paraît peut-être hors de protée, sourit Marielle. Je suis sûre que si je proposais mon savoir-faire pour leur ouvrir un site, ils sauteraient sur l'occasion." Olivier opine. Il croit savoir ce que les éleveurs gagneraient en commodité à travailler sur le réseau. Lui-même aurait d'ailleurs peut-être pu acheter ses chèvres quand il a démarré l'élevage, il y a douze ans... En fait, il est allé les chercher au Texas avant de leur faite faire un crochet par le Canada, seul pays où les États-Unis acceptent d'exporter ces animaux.

La boucle sera bouclée quand un Américain de New York passera commande d'une parie de chaussettes mohair à la ferme des Chautard.

Gilbert Laval

 
 
 
 
Olivier et Marielle Chautard -  Rouzaud - 09100 St Victor Rouzaud - FRANCE - tel. 08 75 99 11 94 (étranger : 33.8.75.99.11.94)
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