Juillet 2005 : Bonjour de Longyearbyen au Spitsberg(voir l'oiseau aux chaussettes>>)
Quelques mots de la mission en cours. Cet été nous donne des météos capricieuses. Le 7 juillet, la station Paul Emile Victor de Ny Ålesund a annoncé un record de chaleur jamais enregistré avec 19,6°C, mais la semaine suivante nous étions bloqués à zéro avec beaucoup de vent, des vagues et même des chutes de neige sur la mer.
Parmi les petites nouvelles aussi, un tête-à-tête unique avec le roi du pays. Ici, quand la banquise a fondu et que les phoques sont plus difficiles à capturer, on y pense en permanence. On le craint parce qu'il est spécialement affamé, en même temps qu'on brûle d'envie d'apercevoir sa majesté. Nous finissions de souper et alors que je répétais le coup d'oil régulier de veille, par l'entrebâillement d'une porte de la tente, dissimulée à cent-cinquante mètres dans des rochers, j'ai vu une grosse tête dorée pointée vers nous. Très intelligent, avec beaucoup d'individualité, l'ours polaire est un grand chasseur très difficilement prévisible. Cette fois-ci, il s'agissait d'un jeune adulte insouciant qui nous a chargé sans préliminaire. A quatre, nous l'avons stoppé net dans sa course en tapant simplement sur une gamelle. Il a fait demi-tour, puis nous l'avons observé s'aménager une couche dans la neige, à un petit kilomètre, en vis à vis de notre bivouac. Le lendemain, ce jeune seigneur a tenu à longer le rivage et passer à une quinzaine de mètres des tentes que nous défendions. Il ouvrait sa gueule négligemment et jamais je n'avais vu si bien sa langue bleu-violet. Quand il a été bien sous notre vent, il s'est encore approché de nous effrontément, mais en agitant les pagaies de nos kayaks et en nous grandissant nous l'avons suffisamment impressionné pour qu'il renonce à sa curiosité. Il avait le museau pointé vers le haut pour bien nous flairer et ne montrait aucun signe d'agressivité. Heureusement, nous avons eu besoin de ne faire usage d'aucune arme et paisiblement l'animal a repris son parcours matinal. Il s'est ensuite dirigé à la nage vers un îlot rocheux où il a pillé les nids de cinq bernaches qui couvaient sur ce refuge élevé. Pendant que le maître déjeunait étendu sur cette plate-forme, plus bas sur l'eau les oies pleuraient véritablement. Ensuite à la jumelle, nous avons observé cet ours s'éloigner sur la mer en direction de la rive opposée de la baie. Enfin, nous avons retrouvé ce silence immense, à la mesure de ce pays.
Le mohair donne d'excellents résultats pour la nuit. Je pense à vous et aux chèvres tous les soirs car c'est un petit bonheur d'enfiler ces chaussettes si douces. Même si j'ai les pieds un peu mouillés, je regagne vite en température, et puis elles se tiennent très bien sur la durée. On parlera de détails techniques en France, mais voilà déjà bien un vrai résultat à dire aux chèvres.
Au plaisir de vos nouvelles,
Pascal Lacanal
géographe et guide-accompagnateur
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