Mois d'avril 2005
Un jour, c'était au mois d'avril 2005, et le fjord de Sassen était encore complètement englacé. Haut dans le ciel tout gris, passe un fulmar qui retourne de la pêche vers sa falaise. Et l'oiseau laisse tomber quelque chose devant mes skis : un reste de festin de renard qui ne suscite pas le moindre intérêt de la part de mes chiens : juste une patte de lagopède.
Peut-être avez-vous déjà aperçu dans les Alpes ou dans les Pyrénées cette discrète perdrix des neiges. Toujours à découvert, elle arpente sans cesse l'étage le plus haut et la dernière végétation avant les sommets. J'ai toujours admiré, avec envie, ses pantalons de plumes qui viennent jusqu'à lui couvrir les doigts. Mais le confort va plus loin, et je n'avais jamais touché ce fin duvet qui lui habille complètement les orteils. Merveille !
Ne vous y trompez pas, avec les ours, les renards, les rennes, ces modestes gallinacés font partie de l'élite de la faune arctique. Trois mammifères et un unique volatile qui résident au Spitsberg toute l'année, les seuls capables de tenir l'épreuve des quatre mois de nuit polaire Respect !
Comment font-ils ? Les lagopèdes d'ici sont plus gros et plus trapus que leurs cousins européens. Cette masse leur donne une meilleure inertie thermique pour résister aux grands froids. Reste aussi à réduire les déperditions sur les extrémités et notamment les pattes, car cet oiseau est bien davantage un marcheur qu'un volatile. Je regarde à présent cette "chaussette" qui va sur la terre glacée comme sur la neige et je pense que les fibres naturelles n'ont pas fini de nous étonner.
Pascal Lacanal
géographe et guide-accompagnateur |